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Reynès d'Antan
Il était une fois : "la cerise"
Il était une fois dans les vergers cérétans une cerise qui avait la faveur
de tous les propriétaires récoltants. Une cerise qui se vendait bien sur
les marchés et même parfois très bien lorsque le beau temps était de la
partie. Cette variété de cerisier, qui portait le nom de bigarreau
rouge, était un arbre très productif, son feuillage clairsemé rendait
ses nombreux fruits très visibles, ce qui en rendait la cueillette plus
facile. Il avait, en plus des autres" une portée de branches tombantes
comme le saule-pleureur, surtout pour la variété appelée "Jaboulay". Avant
l'arrivée du Bigarreau burlat, le bigarreau rouge était dominant dans
toutes les propriétés. Il se partageait le terrain avec la variété Hâtive
de Bâle. Cet arbre, qui de nos jours a pratiquement disparu, produisait
un fruit qui ne supportait pas trop de quantité d'eau contenue dans l'air.
De nos jours, quelques nouvelles variétés qui arrivent sur les marchés
ou qui sont dans le domaine expérimental font figure d'être les cousines
germaines de ce bigarreau rouge. Elles sont également d'un grand volume,
mais elles sont molles.
Après la dernière guerre, tout cérétan qui avait un lopin de terre vierge
y plantait du cerisier. En ce temps là, le départ de la plantation commençait
par l'entreprise des Frères DUNYACH, une entreprise qui travaillait du
lever au coucher du soleil, et parfois, lorsque cela était nécessaire,
les dimanches compris. Chez les DUNYACH, on ne chômait pas. Leur vaillance
et leur amour du travail bienfait est à retenir. C'est grâce à leurs tracteurs
à chenilles, qui étaient impressionnants, et à la charrue à balance, que
seule la force de gros bras pouvait remettre en place dans le sillon ouvert,
qu'un grand nombre de champs de bois et de garrigues furent défrichés
pour être mises en exploitation.
D'un autre côté, il y avait les pépiniéristes, qui eux s'étaient déjà
penchés sur l'avenir de la cerise à CERET et avaient déjà, avant les autres,
un engouement pour ce fruit. C'était Jacques BIZERN, Louis CABANES, Paul
MAS et un peu plus tard Roger SAQUÉ. Jacques BIZERN, c'est lui le premier
qui importa à CERET les premiers greffons de la variété Bigarreau Burlat,
qui encore de nos jours tient la vedette. Lorsque ces pépiniéristes annonçaient
le jour d'arrachage des scions greffés, il fallait être matinal et savoir
attendre son tout pour être servi. Toujours en ce temps là, le propriétaire
cérétan avait confiance en son pépiniériste, car celui-ci lui certifiait
la variété greffée. Ce qui parfois n'était pas le cas des achats de cerisiers
en dehors de CERET.

Lorsque la saison de la cueillette des cerises battait son plein, CERET
se remplissait de colles composées de Catalans du Nord et du Sud et aussi
d'Andalous. Ils arrivaient chez nous, comme une volée de moineaux, pour
cela le chef d'équipe de ces cueilleurs se tenait en contact avec le propriétaire
pour savoir l'état de maturité du fruit. Cela leur permettait d'être exacts
au rendez-vous. Alors, à CERE, le nombre d'habitants était multiplié par
deux. La machine était en marche, l'économie cérétane aussi. Chariots,
charrettes étaient extirpées des écuries. On sortait du hangar les vieilles
camionnettes et voitures pétaradantes issues d'avant la dernière guerre.
Tout ce qui pouvait porter était mis sur pied de travail. Faisaient aussi
leur apparition les remorques tractées à bras d'homme ou tirées derrière
la bicyclette. Ces remorques dont personne ne connaît l'inventeur, furent
des serviteurs précieux pour un grand nombre de petits exploitants. Elles
rendirent de nombreux services pour le transport, et soulagèrent un grand
nombre d'échines. On en voyait partout surgir dans les rues de CERET.
Il y avait la remorque pouvant porter deux cobous de 30 kg, ou sa sœur
plus grande ayant place pour quatre cobous. On les appelait les remorques
de l'occupation. Il aura fallu la vulgarisation de la voiture automobile
pour que disparaissent ces engins. Mais l'on peut rendre hommage à cette
savante machine et à son constructeur et inventeur inconnu.
Il est très court le temps des cerises, les principales variétés arrivent
fin avril et mai, et à la fin juin tout est terminé. En 1965, le poids
de 3 800 tonnes de cerises cueillies à CERET laisse rêveur. La coopérative
CERET -PRIMEURS enregistra à elle seule, cette année là, une rentrée de
1 700 tonnes. Le marché de gros, qui se tenait à la Place Henri GUITARD
ainsi que la contribution des expéditeurs et ramasseurs ajoutèrent le
reste à ce bilan. En ce temps là, l'on pouvait citer à CERET, comme expéditeurs
et ramasseurs, les noms de. ASTROU, DEVIC, MARILL, LASALLE, MARTY Frères,
CALVET, BEC, GALY; CHANTALAT, MORET, CANALS, SA QUE, COSTA, DAYDE, ALBITRE,
JEANPIERRE, MESQUIDA, BELMAS, Berthe BOU/X JOFFRE, BAILLS à REYNES, BARTHE
à Amélie les Bains, DISPES à Maureillas, et il est presque sûr qu'il en
manque à cette liste.
3 800 TONNES ! Il en fallut de la main d'œuvre jeune et des doigts agiles
pour cueillir cette montagne de fruits. Il suffisait de voir Céret la
nuit ! Une foule de jeunesse pétillante de santé, emplissait nos boulevards
après la journée de labeur. Les commerçant surtout en produits alimentaires,
ouvraient leur pas de porte au lever du jour et tiraient leur rideau à
21 heures. C'est qu'il en fallait de la nourriture pour tout ce monde
! Nos cinémas, qui donnaient une séance chaque soir, affichaient complets.
Il faut dire aussi que lorsque le cinéma Cérétan mettait à l'affiche Gina
Lollobrigida, tout était prévu, le cinéma Le Caméo se défoulait avec la
chute de reins de Brigitte BARDOT. Et tous ces jeunes et moins jeunes
spectateurs étaient en extase devant ces programmes dont ils étaient sevrés
dans leur pays d'origine.
Egalement, chaque soir, il y avait bal à la salle de l'Union ou les cueilleurs
se donnaient rendez-vous autour de flirts ou d'amourettes. Il était impératif
que la salle de bal fermât ses portes à minuit pile. Tous ces catalans
du sud et andalous i que nous appelions « Les Espagnols » donnaient, la
nuit, à nos boulevards une empreinte de «Rambla ». C'était la fête dans
la sobriété et dans la joie. Ils 1venaient chez nous gagner leur pain.
Les débits de boissons n'étaient jamais débordés de consommateurs. Ces
gens qui arrivaient d'un pays où sévissait encore la dictature, savaient,
chez nous, apprécier la liberté. Au milieu de cette foule et des saisons
de cerises qui durèrent plus d'un mois, il n'y eut jamais aucun incident
à déplorer. Des souvenir heureux du temps des cerises que l'on ne reverra
jamais plus, mais qui restent gravés dans la mémoire de ceux qui y ont
participé.
Ce n'était pas la fête de la cerise, comme l'on dit de nos jours, mais
chaque soir c'était LA FETE DES CERISES. Une fête ressentie dans toute
la ville à pleins poumons. Une grande fête à ce rubis qui, en ce temps
là, faisait la fortune de CERET.
René BORRAT
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