Reynès en Vallespir
Détail d'un mur au Vila Feixes à Cal Cascat Le Moulin d'En Pallari Les Oliviers de Saint Paul La Sant Joan Le Tech Saint Vincent
...Bienvenue sur le site de Reynès !
Infos Citoyens


 
 
Visiteurs


 

Reynès d'antan, venez écouter les anciens...
Reynès d'Antan





Il était une fois dans les vergers cérétans une cerise qui avait la faveur de tous les propriétaires récoltants. Une cerise qui se vendait bien sur les marchés et même parfois très bien lorsque le beau temps était de la partie. Cette variété de cerisier, qui portait le nom de Cerises en montant le Ventou, en bas le Pont de Reynèsbigarreau rouge, était un arbre très productif, son feuillage clairsemé rendait ses nombreux fruits très visibles, ce qui en rendait la cueillette plus facile. Il avait, en plus des autres" une portée de branches tombantes comme le saule-pleureur, surtout pour la variété appelée "Jaboulay". Avant l'arrivée du Bigarreau burlat, le bigarreau rouge était dominant dans toutes les propriétés. Il se partageait le terrain avec la variété Hâtive de Bâle. Cet arbre, qui de nos jours a pratiquement disparu, produisait un fruit qui ne supportait pas trop de quantité d'eau contenue dans l'air. De nos jours, quelques nouvelles variétés qui arrivent sur les marchés ou qui sont dans le domaine expérimental font figure d'être les cousines germaines de ce bigarreau rouge. Elles sont également d'un grand volume, mais elles sont molles.

Après la dernière guerre, tout cérétan qui avait un lopin de terre vierge y plantait du cerisier. En ce temps là, le départ de la plantation commençait par l'entreprise des Frères DUNYACH, une entreprise qui travaillait du lever au coucher du soleil, et parfois, lorsque cela était nécessaire, les dimanches compris. Chez les DUNYACH, on ne chômait pas. Leur vaillance et leur amour du travail bienfait est à retenir. C'est grâce à leurs tracteurs à chenilles, qui étaient impressionnants, et à la charrue à balance, que seule la force de gros bras pouvait remettre en place dans le sillon ouvert, qu'un grand nombre de champs de bois et de garrigues furent défrichés pour être mises en exploitation.

D'un autre côté, il y avait les pépiniéristes, qui eux s'étaient déjà penchés sur l'avenir de la cerise à CERET et avaient déjà, avant les autres, un engouement pour ce fruit. C'était Jacques BIZERN, Louis CABANES, Paul MAS et un peu plus tard Roger SAQUÉ. Jacques BIZERN, c'est lui le premier qui importa à CERET les premiers greffons de la variété Bigarreau Burlat, qui encore de nos jours tient la vedette. Lorsque ces pépiniéristes annonçaient le jour d'arrachage des scions greffés, il fallait être matinal et savoir attendre son tout pour être servi. Toujours en ce temps là, le propriétaire cérétan avait confiance en son pépiniériste, car celui-ci lui certifiait la variété greffée. Ce qui parfois n'était pas le cas des achats de cerisiers en dehors de CERET.
La Colle Borrat
Lorsque la saison de la cueillette des cerises battait son plein, CERET se remplissait de colles composées de Catalans du Nord et du Sud et aussi d'Andalous. Ils arrivaient chez nous, comme une volée de moineaux, pour cela le chef d'équipe de ces cueilleurs se tenait en contact avec le propriétaire pour savoir l'état de maturité du fruit. Cela leur permettait d'être exacts au rendez-vous. Alors, à CERE, le nombre d'habitants était multiplié par deux. La machine était en marche, l'économie cérétane aussi. Chariots, charrettes étaient extirpées des écuries. On sortait du hangar les vieilles camionnettes et voitures pétaradantes issues d'avant la dernière guerre. Tout ce qui pouvait porter était mis sur pied de travail. Faisaient aussi leur apparition les remorques tractées à bras d'homme ou tirées derrière la bicyclette. Ces remorques dont personne ne connaît l'inventeur, furent des serviteurs précieux pour un grand nombre de petits exploitants. Elles rendirent de nombreux services pour le transport, et soulagèrent un grand nombre d'échines. On en voyait partout surgir dans les rues de CERET. Il y avait la remorque pouvant porter deux cobous de 30 kg, ou sa sœur plus grande ayant place pour quatre cobous. On les appelait les remorques de l'occupation. Il aura fallu la vulgarisation de la voiture automobile pour que disparaissent ces engins. Mais l'on peut rendre hommage à cette savante machine et à son constructeur et inventeur inconnu.

Il est très court le temps des cerises, les principales variétés arrivent fin avril et mai, et à la fin juin tout est terminé. En 1965, le poids de 3 800 tonnes de cerises cueillies à CERET laisse rêveur. La coopérative CERET -PRIMEURS enregistra à elle seule, cette année là, une rentrée de 1 700 tonnes. Le marché de gros, qui se tenait à la Place Henri GUITARD ainsi que la contribution des expéditeurs et ramasseurs ajoutèrent le reste à ce bilan. En ce temps là, l'on pouvait citer à CERET, comme expéditeurs et ramasseurs, les noms de. ASTROU, DEVIC, MARILL, LASALLE, MARTY Frères, CALVET, BEC, GALY; CHANTALAT, MORET, CANALS, SA QUE, COSTA, DAYDE, ALBITRE, JEANPIERRE, MESQUIDA, BELMAS, Berthe BOU/X JOFFRE, BAILLS à REYNES, BARTHE à Amélie les Bains, DISPES à Maureillas, et il est presque sûr qu'il en manque à cette liste.

3 800 TONNES ! Il en fallut de la main d'œuvre jeune et des doigts agiles pour cueillir cette montagne de fruits. Il suffisait de voir Céret la nuit ! Une foule de jeunesse pétillante de santé, emplissait nos boulevards après la journée de labeur. Les commerçant surtout en produits alimentaires, ouvraient leur pas de porte au lever du jour et tiraient leur rideau à 21 heures. C'est qu'il en fallait de la nourriture pour tout ce monde ! Nos cinémas, qui donnaient une séance chaque soir, affichaient complets. Il faut dire aussi que lorsque le cinéma Cérétan mettait à l'affiche Gina Lollobrigida, tout était prévu, le cinéma Le Caméo se défoulait avec la chute de reins de Brigitte BARDOT. Et tous ces jeunes et moins jeunes spectateurs étaient en extase devant ces programmes dont ils étaient sevrés dans leur pays d'origine.

Egalement, chaque soir, il y avait bal à la salle de l'Union ou les cueilleurs se donnaient rendez-vous autour de flirts ou d'amourettes. Il était impératif que la salle de bal fermât ses portes à minuit pile. Tous ces catalans du sud et andalous i que nous appelions « Les Espagnols » donnaient, la nuit, à nos boulevards une empreinte de «Rambla ». C'était la fête dans la sobriété et dans la joie. Ils 1venaient chez nous gagner leur pain. Les débits de boissons n'étaient jamais débordés de consommateurs. Ces gens qui arrivaient d'un pays où sévissait encore la dictature, savaient, chez nous, apprécier la liberté. Au milieu de cette foule et des saisons de cerises qui durèrent plus d'un mois, il n'y eut jamais aucun incident à déplorer. Des souvenir heureux du temps des cerises que l'on ne reverra jamais plus, mais qui restent gravés dans la mémoire de ceux qui y ont participé.

Ce n'était pas la fête de la cerise, comme l'on dit de nos jours, mais chaque soir c'était LA FETE DES CERISES. Une fête ressentie dans toute la ville à pleins poumons. Une grande fête à ce rubis qui, en ce temps là, faisait la fortune de CERET.


René BORRAT

 
CNIL n° 748970 V2