|

Reynès d'Antan
Depuis que la prétailleuse a fait
son apparition dans les vignes, l'emploi des piquets qui servaient de
tuteurs aux ceps n'ont plus eu de raison d'être. Avec eux a disparu un
métier de la forêt, celui de fabriquant de piquets, surnommé par les catalans,
"El piquetaïre".
Cet homme vivait presque toute l'année au cœur des châtaigneraies. Le
bruit cliquetant de la masse s'abattant sur l'oeillard de la hache qui
permettait de fendre le rondin était caractéristique de ce genre de travail.
Les quatre outils dont se servait le piquetaïre étaient rudimentaires.
Ils se posaient d'une scie à main, d'une hache, d'une masse en bois, de
tenailles et d'un rouleau de fil de fer doux, cela lui permettait d'accomplir
sa besogne avec dextérité.

Lorsque débutait la taille d'une coupe de châtaigniers, "El piquetaïre"
se réservait un emplacement à la gare. Ce lieu était
désigné ainsi parce qu'il était situé sur un terre-plein, aux abords d'une
route ou d'un chemin carrossable où étaient acheminés tous les bois que
les bûcherons pouvaient tirer de la forêt.
Son premier travail était de construire une baraque pour se protéger des
intempéries, puis dans un coin, il creusait une profonde fosse où brûleraient
sans aucun risque d'incendie les déchets de bois. Lorsqu'il faisait très
froid, ce lieu était le point de ralliement des bûcherons et muletiers
qui y venaient pour faire réchauffer leur repas.
"El piquetaïre" était une figure de la forêt, il travaillait chaque
jour, dimanches compris, dans cette montagne qui était son amie et dont
il connaissait chaque recoin, là, loin du bruit des villes, en marge du
progrès, il continuait à assumer sa tâche qui n'était pas de tout repos,
comme l'avait fait son père et son grand-père, ne se doutant pas qu'il
faisait partie des derniers de sa corporation.
René BORRAT
|