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Le mystère du sarcophage d'Arles-sur-Tech ou l'Eau... culte
L'article suivant est © H. Broch,
Laboratoire de Zététique,
1992/2001
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soit, sans autorisation écrite explicite.
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without written permission.
Article originel publié en 1992
Arles-sur-Tech dans les Pyrénées-Orientales est devenue célèbre depuis
que l'émission "Mystères" de TF1 a consacré un "dossier" - le
mot est bien trop sérieux - à la fameuse "Sainte Tombe" de son
abbaye.
Cette Sainte Tombe est un vieux (certains le font remonter jusqu'au IVe
siècle) et lourd sarcophage en marbre qui se trouve à l'air libre, dans
une courette, au bas d'un mur d'une douzaine de mètres de haut (la cour
n'est pas fermée du côté nord et donne sur une place).
Le couvercle de ce sarcophage est aussi épais que les parois (de l'ordre
de 15 cm) et repose d'une façon imparfaite sur ces dernières; on peut
même glisser les doigts dans l'interstice en deux ou trois endroits. Le
sarcophage ne repose pas directement sur le sol mais par l'intermédiaire
de deux blocs de marbre.
Le phénomène "miraculeux" présenté par ce sarcophage est le suivant: chaque
jour, il semble se rassembler à l'intérieur dudit sarcophage une quantité
d'eau assez importante (de l'ordre d'un litre en moyenne) quasiment "pure"
et à laquelle on attribue des qualités curatives. On peut puiser l'eau
par un petit trou situé sur l'un des petits côtés, à la jointure du sarcophage
et de son couvercle, trou par lequel une petite pompe à siphon est introduite.
Il arrive même que "le sarcophage déborde..." La production aurait même
atteint quelquefois 800 litres par an... Il n'y a apparemment aucune supercherie,
aucune tuyauterie, aucun remplissage extérieur,...
Alors, miracle ?
Mystère irrésolu comme l'a prétendu l'émission
"Mystères" dans son tout premier numéro diffusé
le 8 juillet 1992 sur TF1 ?...
Emission qui a présenté l'enquête faite il y a une
trentaine d'années par des hydrologues... pour conclure, in fine,
que "les études menées jusqu'à présent...laissent
un petit peu à désirer" et que " la Sainte
Tombe ne livre pas son secret".
Eh bien ni l'un ni l'autre.
Contrairement à ce qui a été affirmé
explicitement dans l'émission et dans différents
écrits, l'enquête menée il y a une trentaine d'années
(à la date de l'émission Mystères) par des scientifiques
a permis de conclure de manière très nette.
Ce sont les résultats de ces hydrologues - MM. Pérard, Honoré
et Leborgne (le sous-titre* sympathique du présent dossier est
emprunté à un article de présentation, cf. réf.,
de ce dernier hydrologue) - que nous portons à votre connaissance
par de larges emprunts pour un résumé de la publication
d'origine (cf. réf.).
L'enquête menée s'est faite avec l'accord et la collaboration du curé
d'Arles-sur-Tech qui a mis la clef - pour ouvrir l'enceinte dans laquelle
se trouve le sarcophage - à la disposition des chercheurs (et avec la
collaboration de M. Rougé, instituteur en retraite). Durant l'année 1961,
pendant deux mois et demi - une seule interruption de quelques jours pour
Pâques en raison des visites de fidèles ou de touristes - des mesures,
observations et expériences ont pu être effectuées selon un programme
établi à l'avance.
Les hypothèses qui avaient pu être émises a priori étaient
:
• Remontée capillaire par l'intermédiaire des dès (les "cales").
• Condensation de l'eau contenue dans l'air pendant les heures chaudes
de la journée (cad quand la température des parois du sarcophage est inférieure
à celle de l'air ambiant).
• Phénomène de rosée (refroidissement du sarcophage pendant la nuit
par suite du rayonnement, avec abaissement de la température des couches
d'air voisines et dépôt de gouttelettes d'eau).
• En complément de ces hypothèses, traversée possible du couvercle
par l'eau condensée (et l'eau de pluie ?) par effet de capillarité et
gravité.
Le sarcophage reste d'aspect sec et la température à l'intérieur est supérieure
de 2 à 3 degrés à celle de la paroi externe et non sur la face interne
du couvercle.
Les mesures effectuées ont porté sur :
• La température (thermomètre enregistreur placé à proximité du
sarcophage, bande relevée toutes les semaines).
• L'humidité (hygromètre enregistreur placé à coté du thermomètre).
• Le niveau de l'eau dans le sarcophage (niveau repéré, sur une
réglette graduée, dans un tube relié par un siphon à l'intérieur du sarcophage).
• La direction et la force du vent.
• La pluviométrie.
Les expériences faites sur place (d'autres expériences
ont été faites en laboratoire) :
• Masticage du pourtour du couvercle de façon à savoir si l'eau
venait uniquement de l'air qui peut circuler dans le sarcophage.
• Pose d'une housse en nylon sur le couvercle avec un espace de
5 cm laissé pour permettre une circulation d'air.
De façon à rendre les résultats plus significatifs, chaque expérience
a été faite pendant au moins une semaine et a été précédée et suivie d'une
semaine sans expériences.
EN RÉSUMÉ
Les courbes de températures sont régulières avec une température
minimale vers 6h du matin, (valeur 5 à 6° C en mars, un peu plus élevée
en avril). Le maximum à 14h n'a jamais dépassé 19° C. Variation journalière
moyenne d'une dizaine de degrés.
Les courbes d'humidité relative sont, elles, irrégulières : de 50 % certains
jours à 80 % d'autres. Avec un minimum vers 14h et maximum vers 6h. Valeurs
très faibles en présence de tramontane.
Un schéma valant mieux qu'un long discours, voici les conclusions
sous forme de graphique :
Le point peut-être le plus important est le suivant: deux
mois sans pluie correspondent à... deux mois sans variation du
niveau d'eau dans le sarcophage (excepté les baisses dues
aux prélèvements de M. le Curé).
Ce premier résultat-constatation est très important. Il
montre en effet "qu'il ne se produit pas 1 à 2 litres d'eau
chaque jour, et la production n'est donc absolument pas continue,
ce qui aurait pu être vérifié depuis fort longtemps.".
Le 10 avril 1961, il tombe 5,5 mm d'eau; le lendemain 6,9 mm... et le
surlendemain le niveau d'eau du sarcophage a changé et s'est élevé
d'environ 1 mm. Ces relevés et ceux des jours qui suivent jusqu'au
23 avril sont donnés dans un tableau, transcrit sous forme de courbes.
Ces graphiques (hauteur de pluie cumulée, variation du niveau dans
le sarcophage et transformée de la courbe du niveau dans le sarcophage)
montrent de manière très claire que... le sarcophage
profite de la pluie pour se remplir !
Les hydrologues -leurs arguments étant étayés par d'autres éléments que
les simples tracés précédents en sont arrivés à conclure que l'eau met
en moyenne cinq jours pour traverser le couvercle et qu'un tiers de l'eau
de pluie est récupérée en moyenne dans le sarcophage.
Un coup d'oeil indiscret à l'intérieur du sarcophage par les petits interstices
disponibles avait d'ailleurs déjà montré la présence de grosses gouttes
d'eau rassemblées en quelques endroits du couvercle (la pluie précédant
cette observation datant de 20 jours avant, cela montre que l'écoulement
de toute l'eau peut être assez long comparé à la moyenne).
De l'eau versée goutte à goutte sur le couvercle du sarcophage disparaissait
presque immédiatement en humidifiant un cercle de plus en plus grand,
et bien que la surface du couvercle soit très en pente, le cercle mouillé
avait son centre exactement au point d'impact de la goutte. Certaines
zones du couvercle sont plus poreuses que d'autres. Sa surface est irrégulière
et présente notamment des petits trous hémisphériques de 1 à 2 mm de diamètre
qui, une fois remplis, se vident en 45 secondes environ.
Des tests de perméabilité ont également été faits sur des échantillons
de marbre provenant de "la seule carrière qui ait pu vraisemblablement
fournir à l'époque le matériau dans lequel a été creusé le sarcophage.
Au passage, l'étude nous apprend que certaines expressions sont trompeuses.
Ainsi, lorsque l'on dit ou écrit: "Le sarcophage déborde parfois",
ce qui fait penser à, au moins, un filet d'eau qui coule, la réalité contenue
dans cette expression est différente puisqu'elle est tirée d'un constat
signé pas 10 personnes le 3 avril 1942 et qui dit: "Le sarcophage
est plein, le liquide déborde, une grosse goutte tombe toutes les deux
minutes sur le devant du tombeau." (le tombeau est légèrement incliné,
ce qui explique le débordement en un point bien précis seulement).
La conclusion générale sur le sarcophage d'Arles sur Tech est
la suivante :
"Le couvercle du sarcophage est perméable et l'eau de pluie y pénètre,
met 4 à 6 jours en moyenne pour traverser la pierre et s'écoule ensuite
goutte à goutte à l'intérieur. Comme il ne peut y avoir de circulation
d'air importante entre intérieur et extérieur, il n'y a pratiquement pas
d'évaporation et l'eau peut donc bien s'accumuler. Comme, de plus, l'eau
de pluie lave et attaque même légèrement le couvercle, celui-ci reste
propre et perméable, et le phénomène peut se prolonger indéfiniment."
"Pourquoi alors l'eau reste t-elle dans le sarcophage puisque le corps
de celui-ci est également en marbre ? Tout d'abord, la pierre n'a pas
rigoureusement le même aspect, et il est possible qu'elle ait été taillée
dans un banc très peu blanc très peu perméable. D'autre part, l'eau stagnante
dans le sarcophage laisse déposer les moindres particules qu'elle peut
contenir, et il se dépose également le peu de poussière qui arrive à passer
par les interstices."
Plus de 2 Kg de boue noire ont été retirés du sarcophage en 1950, provenant
d'un dépôt de 150 ans maximum, ouverture sûre en 1795 mais on ne sait
pas si entre cette date et 1950, le sarcophage fut ouvert.
"On peut également penser qu'un peu de poussière est entraîné par
l'eau qui ruisselle sur le couvercle et pénètre entre couvercle
et corps (phénomène de la "goutte pendante")... Les dépôts ont
dû s'accumuler, au cours des siècles, rendant le sarcophage étanche en
pénétrant dans les pores de la pierre..."
La conclusion signale encore que le couvercle étant perméable, le phénomène
de rosée reprend toute sa valeur, car l'eau qui se dépose sur le couvercle
peut ensuite pénétrer.
En résumé et comme le disait le Professeur Cyprine Leborgne en présentant
le travail: "nous avons travaillé, cogité, sondé,
palpé, siphonné - que sais-je encore ? - et - horresco
referens ! - nous avons mis le doigt... sur la goutte qui remplit
le sarcophage."
Le fabuleux mystère du sarcophage d'Arles-sur-Tech porté
à la connaissance du grand public par l'émission "Mystères"
de TF1 se réduit donc dans les faits à un phénomène
on ne peut plus naturel... qui n'aurait, suite à l'enquête des
hydrologues de 1961, plus attiré l'attention de personne... n'était
la désolante et lamentable désinformation
à laquelle se sont livrés les producteurs (Société
"Sygma Télévision") de cette émission et
le journaliste présentateur.
Une "anecdote" montre bien également le parti-pris obscurantiste des producteurs
:
Des mois avant la diffusion de l'émission en question
en 1992, le journaliste Olivier Laraque, travaillant pour cette société
de production, m'avait contacté lors de l'élaboration et la mise en forme
de la (future) série "Mystères" pour jouer "le scientifique de service".
Entre autres sujets évoqués: ... le sarcophage d'Arles-sur-Tech ! Sujet
pour lequel j'avais évidemment clairement explicité au journaliste,
en lui détaillant la solution, que le mystère n'en était pas un.
Mais, curieusement, je n'eus plus aucun contact et je découvris quelque
temps plus tard, dans la première émission Mystères, la désolante présentation
de cette énigme "non résolue"...
L'imperméabilité - sans jeu de mots - à la Zététique
semble fortement répandue dans le milieu dit journalistique.
Sources (...!) et plus d'informations :
http://www.unice.fr/zetetique/articles/sarcophage.html
- Publication d'origine de G. Pérard (1961),
"Sarcophage d'Arles-sur-Tech. Rapport technique", La
Houille Blanche, N°6, décembre, p. 874-881
(avec un petit article introductif titré "L'eau... culte",
signé de C. Leborgne, en page 873. C'est en effet sous ce titre
"L'eau... culte" que C. Leborgne avait introduit le
problème posé par le sarcophage d'Arles-sur-Tech dans La
Houille Blanche, N°1, janvier-février 1959, p. 76-77)
- Article de Henri Broch (1992), "Le sarcophage
d'Arles-sur-Tech", mis à disposition du public le 23
novembre 1992 sur le service Minitel 36.15 ZET "Les Dossiers
Scientifiques du Paranormal et de l'Occulte", service Minitel
de l'université de Nice Sophia-Antipolis. Le service Minitel ZET
regroupait plus d'une centaine de dossiers scientifiques consacrés
aux phénomènes réputés paranormaux. Il a fonctionné
pendant 12 ans, de novembre 1986 à décembre 1998. Le présent
site web du laboratoire de Zététique
a pris, pour partie, le relais.
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Professeur Henri BROCH
Laboratoire de Zététique
Université de Nice-Sophia Antipolis
Faculté des Sciences, 06108 NICE Cedex 2. FRANCE
Tél./Fax: (33) 04.92.07.63.12 E-mail: Henri.Broch@unice.fr
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Site web du laboratoire ----> http://www.unice.fr/zetetique/
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