Reynès en Vallespir
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Notre pays : Le Vallespir !
La vallée la plus méridionnale de France

Cette ancienne contrée catalane était appelée au temps des Romains Vallis Asperi (Asparta), Vallespirium et puis Vallespirio, ce qui signifie vallée âpre, rude, difficile ; d'après J. RIBES, une telle appellation est certainement dûe à son relief accidenté. D'après le même auteur, la superficie totale de cette micro-région est de 440 km², soit environ la dixième partie du Département des Pyrénées Orientales.
Cette micro-région fut âprement disputée entre la France et l'Espagne, jusqu'au XVII° siècle.
En mai 1660, lors de la Conférence de Céret à la suite du Traité des Pyrénées, grâce à l'érudition et la diplomatie des commissaires français, tout le Vallespir bascula dans le royaume de France.
Vue du Vallespir avec le massif du Canigou en fond

Un peu de géographie

La vallée du Vallespir, longue environ de 48 km et d'une direction en NE-SO, débute à Le Boulou à 170 m d'altitude et monte à Costabona à 2.468 m. La Vallée est parcourue par le fleuve le Tech, appelée par les anciens géographes : Tichis ou Tecum flumen (=Tech fleuve), en y ajoutant souvent l'épithète de Sordus, qui indiquait que ce fleuve traversait le rivage habité par les Sordons (J. RIBES).
Ce fleuve est formée par plusieurs sources qui naissent derrière la face nord du mont Costabona, au pied de Roca Colom. Le Tech reçoit plusieurs petits affluents et petites rivières en traversant la vallée, se réchauffe avec les eaux thermales d'Amélie, serpente entre des gorges et des ravins, forme des cascades et après Le Boulou il arrose des prés et la plaine et se jette dans la Méditerranée au nord d'Argelès-Plage et au sud de St Cyprien-Plage.


Un fleuve capricieux et dangereux

Dans les circonstances pluviométriques épisodiques, la rivière le Tech dépasse par son débit maximal (plus de 4.000 m3/sec) ceux des autres rivières du Département : l'Agly et la Têt, provoquant des ravages redoutables. Les inondations les plus horribles furent en 552, 1224, 1763, 1842 et 1940.

Le Tech, fleuve capricieux et beau.L'hydrogramme du Tech (J.P. VIGNEAU-1986) représentant la lame écoulée, forme des aïguats correspondants aux débits maximaux, dépendant de l'abondance pluviométrique et des activités orageuses dans la vallée étroite du Vallespir, située sur une pente très raide, parfois de 72%. Les débits maximaux ne dépendent pas de la période de fonte des neiges.
Les 17-18 octobre 1940 le fleuve du Tech, augmentant son niveau à 6 mètres (!), a provoqué la plus importante et meurtrière inondation de l'époque, lorsque des abats énormes et violents d'eau (plus de 1.500 dm3/m²) sur un sol imperméable, ont ravagé la vallée en emportant un
grand nombre d'immeubles bordant surtout la rive gauche d'Amélie. Cette crue du Tech compte parmi les phénomènes hydrométriques les plus violents dont la France ait éprouvé.


Même si l'on est souvent tenté de parler de la "rivière" le Tech, tant il est vrai que son cours sinueux et encaissé l'apparente à une rivière de montagne, il s'agit bien ici d'un fleuve, puisqu'il se jette en Méditerranée.
Le tempérament rude et âpre de cette vallée se retrouve dans son fleuve et dans son nom... quelquefois dans les gens aussi.

C'est ainsi que de nombreuses légendes ont couru le Vallespir, notamment celle des Saints d'Arles sur Tech, Abdon et Sennen, qui relate également une histoire dont l'origine revient à la rudesse de la vie autrefois dans notre vallée.
Mais lisez plutôt la suite...

 La Légende d'Abdon et Sennen
Comment le Vallespir est devenu une charmante vallée où mûrissent les premières cerises de France.

Il fut un temps où la vallée du Tech, de Prats de Mollo à Céret, était considérée comme une vallée maudite.
Le fleuve à l'automne, charriait de gros blocs de pierre et des arbres déracinés, détruisait les villages, les maisons isolées, les chemins escarpés. Les forêts étaient infestées de bêtes féroces : ours, lions, loups et dragons se repaissaient des hommes et des bêtes. Il ne se passait pas un printemps sans qu'il y ait des avalanches de grêlons, juste avant les récoltes.
Mais tout cela n'était rien par rapport à la peste qui faisait régulièrement des ravages épouvantables.

Arnulfe était moine à l'abbaye d'Arles sur Tech et toute cette misère lui pesait. Il décida de libérer le Vallespir des animaux sauvages, de la peste et des caprices du ciel. Il commença par faire des prières qui ne servirent à rien. Alors, il décida d'aller à Rome voir le pape, qui seul, pensait-il, pouvait trouver une solution.

Arnulfe s'embarqua à Port Vendres, traversa la Méditerranée jusqu'à Rome.
Le pape le reçut avec gentillesse et écouta sa requête.
- Mon brave homme, dit le pape, rien n'est plus facile : vous allez me suivre, et ce sera vous qui déciderez.

Arnulfe suivit le pape le long d'immense couloirs déserts, descendit des escaliers glissants. Ils entrèrent dans une vaste crypte aussi grande qu'une cathédrale, seulement éclairée, ici et là, par quelques lumignons fumeux.
Quand Arnulfe se fut habitué à la pénombre, il découvrit tout autour de lui des crânes, des cages thoraciques, des fémurs en grande quantité.
- Où suis-je ? s'écria-t-il, prêt à mettre les jambes à son cou.
- Calme-toi, dit le pape. Ce sont tous des crânes et des os de saints. Pour ta vallée, il te faut un protecteur. Ici, tu as l'embarras du choix. Lorsque cela sera fait, tu repartiras pour ton pays avec les reliques.
Le pape disparut dans l'ombre.
Arnulfe fut bien ennuyé. Quels os choisir ? Il hésita toute une journée, puis il s'endormit et rêva.
Deux jeunes gens lui apparurent.
- Nous sommes Abdon et Sennen. Nous étions officiers à la cour du roi des Perses. Lorsque les Romains ont envahi notre pays, ils nous ont capturés et nous ont menés à Rome où nous avons été mangés par des lions. Nous aimerions quitter cette crypte pour aller dans ton pays.
- Connaissez-vous le Vallespir ?
- Non, pas du tout, mais nous l'aimons déjà et nous sommes prêts à le protéger.

Arnulfe n'hésita plus. Il prit les restes d'Abdon et Sennen et décida de retourner à Arles. Mais à l'époque, les voyages n'étaient pas très sûrs, on rencontrait des corsaires et des bandits de grands chemins. Arnulfe décida de mettre les précieuses reliques dans un petit tonneau, et de mettre ce tonneau dans un plus grand qui serait rempli d'eau.
Dès que le bateau partit, les matelots firent un trou dans le tonneau en espérant qu'il y avait du vin. Déçus, ils ne poussèrent pas plus loin leur recherche.
Une violente tempête se leva. Tous les bateaux qui étaient en mer à ce moment coulèrent, sauf celui où étaient Arnulfe, Abdon et Sennen, qui réussit à accoster à Cadaquès.

Le moine loua alors un mulet, accrocha le tonneau et entreprit de rejoindre Arles.
En ce temps-là les chemins étaient dangereux : ils frôlaient de profonds précipices, traversaient des rivières, grimpaient sur des rochers escarpés. Tout se passa bien jusqu'à La Junquera. Mais, à Riva-Mala, le mulet fut bousculé et il glissa dans le ravin. Impossible de retrouver la bête et son précieux chargement.
Arnulfe était désespéré. Il n'avait plus qu'une seule chose à faire : retourner dans son abbaye...
A peine s'approchait-il d'Arles qu'il entendit sonner toutes les cloches du voisinage. Il s'approcha tout étonné et vit son mulet, avec le tonneau, entouré par une grande foule de gens qui chantaient les louanges de la bête : l'épidémie de peste était terminée, les lions s'étaient enfuis, il ne restait plus que quelques ours qu'on finirait bien par attraper.
Arnulfe savait bien d'où venait le miracle. Abdon et Sennen avaient tenu parole. Il déchargea donc le mulet, près d'une auge de pierre vide. Il fit couler dedans l'eau du grand tonneau (c'est cette même eau qui se renouvelle toujours et est toujours très pure). Quant aux reliques, elles prirent place dans l'église.

Depuis le Vallespir est devenu un petit paradis.


(Extrait de Contes traditionnels de Catalogne - Michel COSEM - Ed.Milan 1995)


Cette légende est une curiosité locale qui a créé une superstition qui continue encore aujourd'hui, plus connue sous le nom de la Sainte Tombe d'Arles sur Tech
Vous pouvez en savoir plus sur ce "mystère" en consultant la page sur la sainte tombe.
CNIL n° 748970 V2